Peuples autochtones et économies communautaires

Renforcer les économies qui soutiennent nos territoires

Les économies qui émergent de nos territoires renforcent la souveraineté alimentaire, maintiennent les connaissances traditionnelles vivantes et génèrent du bien-être pour nos communautés.

Dans nos territoires, l’économie n’est pas une nouveauté

Depuis des générations, nos communautés produisent de la nourriture, échangent des biens, préservent des semences, créent de l’artisanat, fournissent des services, promeuvent le tourisme et lancent de nouvelles initiatives économiques au sein même de leurs propres territoires.

Ces économies sont entrelacées avec notre identité, notre culture, nos connaissances ancestrales, notre organisation communautaire et les structures de gouvernance uniques de chacun de nos territoires à travers le monde.

Nous ne créons pas ces économies. Elles existent déjà. Le défi consiste à instaurer les conditions permettant de les renforcer, de générer une plus grande valeur et de contribuer au bien-être de nos territoires.

Qu’entendons-nous par peuples autochtones et économies communautaires ?

L’économie des peuples autochtones et des communautés ne se résume pas à produire et à vendre. Il s’agit de générer du bien-être tout en continuant à prendre soin de ce qui nous fait vivre.

Pour nous, ces éléments sont inséparables de la souveraineté alimentaire, de la gouvernance et des connaissances traditionnelles transmises de génération en génération. Ils reflètent la diversité de notre compréhension de la vie et du « bien vivre ».

Nous ne mesurons pas la prospérité par l’extraction. Nous la mesurons par la force de nos marchés communautaires, la nourriture cultivée sur nos territoires et les liens de soin et de réciprocité qui nous soutiennent.

Il n’existe pas de modèle unique. Nos économies protègent la vie. Pour celles et ceux qui sont ici aujourd’hui et pour celles et ceux qui ne sont pas encore nés.

Des économies qui soutiennent nos territoires

Les expériences de nos territoires montrent que ces économies génèrent bien plus que de simples revenus.

Souveraineté alimentaire

La production communautaire nous permet de nourrir les familles et les communautés, de renforcer nos propres systèmes alimentaires et de réduire la dépendance vis-à-vis des produits extérieurs.

Connaissance et culture

Les systèmes productifs et économiques maintiennent vivants les savoirs ancestraux, les semences, les pratiques culturelles et nos propres façons de nous lier au territoire.

Soin des écosystèmes

Ces économies sont liées à la gestion et au soin des territoires et des ressources naturelles, reconnaissant que le bien-être de nos communautés dépend d’écosystèmes sains.

Une valeur qui reste sur le territoire

La production, la transformation, l’échange et la commercialisation peuvent générer des opportunités économiques qui aident à garantir qu’une plus grande part de la valeur générée reste dans les communautés.

Des femmes qui soutiennent et transforment

Les femmes sont les gardiennes des savoirs et des systèmes de production, mais elles sont aussi les créatrices de nouvelles opportunités économiques et innovantes au sein de leurs territoires.

Une jeunesse qui reçoit et transforme

Les nouvelles générations maintiennent un lien avec les connaissances de leurs peuples tout en créant de nouvelles façons de lancer des entreprises, d’innover et de générer une activité économique sans perdre leur identité.

Si les communautés prospèrent, les forêts seront préservées. Des savoirs ancestraux aux nouvelles opportunités.

Les économies des peuples autochtones et des communautés démontrent que tradition et innovation ne sont pas opposées.

L’expérience de la milpa, par exemple, montre comment un système ancestral peut conserver les semences, la biodiversité et les connaissances, tout en fournissant simultanément de la nourriture, en favorisant les échanges et en soutenant les moyens de subsistance des familles.

Les pratiques agroécologiques s’appuient sur les connaissances traditionnelles et les adaptent aux nouveaux défis. Les femmes transforment les savoirs culturels et les produits traditionnels en nouvelles entreprises économiques. Et les jeunes trouvent de nouvelles façons de créer des entreprises, d’innover et de connecter leurs territoires à d’autres opportunités.

Les connaissances transmises par les générations précédentes peuvent également servir de fondement à la construction de l’avenir.

Qu’est-ce qui freine les économies existantes ?

Nos initiatives ne partent pas des mêmes conditions que les grandes entreprises.

Aujourd’hui, elles font face à des barrières qui limitent leur capacité à croître, à accéder aux marchés et à capter la valeur qu’elles génèrent.

L’accès au financement direct reste l’une des principales contraintes.

Ces initiatives ont besoin de fonds de roulement et d’investissements pour les infrastructures, les machines, la transformation, la technologie, l’emballage et d’autres besoins de production.

De nombreuses initiatives dépendent d’intermédiaires et éprouvent des difficultés à atteindre directement des marchés qui reconnaissent la valeur de leurs produits et paient des prix équitables.

Les défis de distance et de connectivité augmentent les coûts de transport et entravent la commercialisation.

Il existe un besoin de soutien spécialisé pour renforcer la production, la transformation, la qualité, la commercialisation, la technologie et la gestion.

De nombreuses initiatives doivent se conformer à des cadres réglementaires conçus pour des entreprises d’une échelle et d’une nature différentes, créant des barrières disproportionnées pour les économies locales.

Nous avons notre propre modèle économique ; le défi est de le connecter à un marché distinct

Renforcer les économies des peuples autochtones et des communautés ne signifie pas imposer un modèle économique externe. Cela signifie reconnaître que nos territoires ont déjà leurs propres façons de produire, d’échanger, de transformer et de générer du bien-être, et créer les conditions pour que ces économies puissent se connecter à des marchés qui reconnaissent leur valeur et leurs caractéristiques uniques.

Cela implique de renforcer la capacité productive lorsque chaque territoire le juge nécessaire, de faciliter l’accès à la technologie et à l’innovation, d’améliorer les conditions de commercialisation et de veiller à ce qu’une plus grande part de la valeur générée reste au sein du territoire.

Pour rendre cela possible, un financement adéquat, une assistance technique, des infrastructures, un accès au marché et des politiques publiques reconnaissant les réalités de nos territoires sont nécessaires. Mais une chose est également fondamentale : le respect de nos propres formes d’organisation, de gouvernance et de prise de décision concernant la manière dont nous voulons que nos économies se développent.

Un agenda qui connecte les territoires et les expériences

Les expériences de nos territoires en Asie, en Afrique centrale, en Méso-Amérique, au Brésil et en Amazonie sont diverses, mais elles révèlent une vérité fondamentale : les économies des peuples autochtones et des communautés possèdent les conditions nécessaires à leur développement, mais elles ont besoin d’être autonomisées.

Chacun a sa propre histoire, son organisation, sa gouvernance, ses connaissances, ses besoins et ses propositions. Mais l’échange entre nos territoires et nos expériences nous permet d’identifier des défis communs, de partager des solutions et de tirer des enseignements d’expériences ayant suivi des chemins différents.

Lorsque nous partageons ce que nous avons construit, nous renforçons nos capacités collectives

C’est pourquoi nous cherchons à connecter les expériences et les connaissances des communautés afin de montrer qu’il existe d’autres façons de comprendre la richesse, de générer du bien-être et de construire des économies liées à la vie.

Notre stratégie

Nous travaillons à renforcer les économies des peuples autochtones et des communautés depuis l’intérieur de nos territoires et à différents niveaux.

Plaidoyer politique mondial et national

Nous travaillons pour que les économies des peuples autochtones et des communautés soient reconnues dans les politiques, les stratégies économiques et les mécanismes financiers.

Nous cherchons à promouvoir des cadres réglementaires et des politiques qui répondent à leurs caractéristiques et besoins réels.

Nous voulons positionner ces économies dans les conversations mondiales sur le climat, la biodiversité, l’alimentation et le développement.

Une plateforme mondiale pour l’apprentissage et la collaboration

Nous facilitons les échanges entre les initiatives et les territoires pour partager les connaissances, les expériences et les solutions.

Nous cherchons à connecter les initiatives avec :

  • de nouveaux marchés
  • des opportunités de financement
  • une expertise technique
  • des partenariats
  • l’innovation et la technologie
  • des expériences d’autres territoires.

L’objectif est de construire un réseau où les connaissances circulent également entre les territoires.

Incubation et financement

Nous travaillons à renforcer les initiatives existantes et à soutenir le développement de nouvelles propositions par des processus d’incubation et des mécanismes de financement adaptés aux réalités locales.

L’objectif n’est pas d’imposer des modèles externes.

Il s’agit de soutenir chaque territoire afin qu’il puisse construire et renforcer son propre chemin économique, si tel est son choix.

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Femmes et jeunes : acteurs clés des économies territoriales

Les femmes et les jeunes ne doivent pas être considérés uniquement comme des bénéficiaires de l’inclusion.

Ils sont déjà des acteurs clés des économies des peuples autochtones et des communautés.

Les femmes préservent les connaissances, les systèmes de production et les pratiques culturelles, tout en développant de nouvelles initiatives et de nouvelles façons de générer des revenus et du bien-être. Les jeunes héritent de ces connaissances, mais ils les transforment également par l’entrepreneuriat, l’innovation et de nouvelles façons de s’engager avec leurs territoires.

Investir dans les femmes et les jeunes, c’est investir dans la continuité et le renouveau de nos économies.

Bâtir des partenariats sans perdre le contrôle territorial

Le renforcement de ces économies nécessite des partenariats avec divers acteurs : entreprises, institutions financières, universités, organisations de la société civile, gouvernements et donateurs. Mais ces partenariats doivent reposer sur un principe fondamental :

Nos communautés doivent conserver le leadership sur nos propres processus.

La coopération doit respecter nos formes d’organisation, nos structures de gouvernance et nos priorités telles que définies par nos communautés.

Il ne s’agit pas seulement d’apporter des ressources à nos territoires. Il s’agit de transformer la manière dont les ressources, les opportunités et les décisions leur parviennent.

L’opportunité existe déjà. Elle est dans nos territoires.

Renforcer les économies des peuples autochtones et des communautés signifie renforcer la capacité de nos communautés à prendre des décisions, à produire, à innover et à construire le bien-être sur la base de notre propre autodétermination.

Nous ne découvrons pas ces économies. Nous reconnaissons leur valeur et travaillons à créer les conditions pour qu’elles se renforcent, se connectent à des marchés diversifiés et génèrent un plus grand bien-être dans nos territoires.

Parce que si les communautés prospèrent, les forêts seront préservées.

Contact

Michel Laforge

Coordinateur des économies des peuples autochtones et des communautés

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